Phénomène Kuluna: véritable bombe à retardement à Kinshasa

Par Ephésien TUMILALI, étudiant en 2ème licence Presse écrite | 12/02/2012 - 18:34

Une forme particulière de délinquance juvénile et d’insécurité s’intensifie davantage dans la ville de Kinshasa. Il s’agit du phénomène «Kuluna». Ce sont des bandes organisées, munies des machettes et d’autres armes blanches, qui sèment la désolation dans les rues de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo. Leurs actes de violence se terminent souvent par mort d’hommes.

Ce phénomène a commencé timidement en 2002, avant de prendre de l’ampleur, trois ans plus tard. Qui sont ces jeunes et pourquoi se livrent-ils à la criminalité? Difficile de cerner leur vraie identité. Mais, ils sont pour la plupart des marginaux. «Nous agissons ainsi pour faire entendre notre voix et poser nos problèmes, à notre manière, aux autorités de notre pays», avoue, sous le sceau de l’anonymat, un membre d’une bande qui opère à Yolo, dans la commune de Kalamu.

Sur terrain, ils sont facilement repérables par leur coiffure et habillement. Ils opèrent calmement, de jour comme de nuit. Rien ne résiste à leur passage, car sur leur chemin ils extorquent et arrachent de force à leurs victimes l’argent et tout autre bien précieux. Leur action est souvent accompagnée des menaces, des coups et blessures graves. Le déficit de l’éclairage public à Kinshasa a beaucoup contribué à leurs méfaits.

A ce jour, l’ampleur pris par ce phénomène est généralement justifiée par le chômage et la pauvreté. Par ailleurs, la période électorale a permis à quelques uns de ces délinquants de se faire recruter par certains acteurs politiques comme des gardes du corps. Ce qui les a rendus assez intouchables, même par les forces de l’ordre.

A chaque commune ses bandes et leurs idéologies

Ces gros bras, appelés «pomba» à cause de leur musculature impressionnante, évoluent par bandes organisées qualifiées «d’écuries» et sous la houlette d’un chef de gang. Chaque jour avant d’opérer, ils convergent vers des débits de boisson et des sites de consommation excessive d’alcool indigène frelaté, de drogue et d’autres substances toxiques. Diverses bandes se livrent à des scènes de violences sur la population, se lancent des défis et s’affrontent publiquement au couteau, à travers les commune de Kinshasa pour un certain leadership.

Leurs chefs de bande portent des noms mystérieux, tels «esprit de mort», «roi de la forêt», «effacer le tableau», «satan»... Les écuries aussi ont leurs labels. Dans la commune de Kintambo, par exemple, on trouve «Chicago», «Armée rouge», «Base Rwanda»… Dans la Commune de Bandalungwa règnent des bandes telles les «Zulu», les «Maï-Maï», les «Mbeli-Mbeli» (la machette)... A Makala, les «Bana 7ème», les «Anti drogue», les «Bics rouge» etc. C’est le Far-West de Kinshasa où règne la loi du plus fort.

Chacune de ces bandes a développé des mécanismes de sa survie et son idéologie. Elles recrutent et formation souvent de nouveaux membres. Certaines d’entre elles collaborent parfois avec les enfants en rupture familiale, communément appelés enfants de la rue ou «shégués» en lingala. Ce sont ces «shégués» qu’ils utilisent pour provoquer les passants dans la rue.

Le niveau atteint aujourd’hui par cette délinquance juvénile particulière dans la ville de Kinshasa a poussé le gouvernement à envisager d’autres mesures correctives, après l’échec de la déportation des jeunes criminels vers des prisons lointaines en provinces. Luzolo Bambi, le ministre congolais de la Justice et des Droits humains, y travaille avec les magistrats civils et militaires.