Croyez-vous encore à la gratuité de l’enseignement primaire?

Par Lefils MATADY et AYISSETOU (étudiante, IFASIC) | JDC jdcélections 14 du 27/08/2012
Christine Nyembo, 45 ans, vendeuse de pains, Kinshasa. (Photo JDC)

Des Congolais émettent des doutes sur l’effectivité de la gratuité de l’enseignement primaire en République démocratique du Congo (RDC), pourtant consacrée par la Constitution. Les Kinois croient-ils encore à l’application de cette disposition constitutionnelle ? Réactions.

Eddo Tumuenemo, 45 ans, cordonnier, Lingwala : «L’Etat finira par matérialiser cette disposition constitutionnelle»

Je suis confiant que le gouvernement finira par matérialiser cette disposition constitutionnelle. Mais le grand effort à fournir, c’est de payer convenablement le personnel enseignant en général, plus particulièrement les enseignants l’école primaire. Car, même si la gratuité devenait effective, si les enseignants ne sont pas bien rémunérés, ils se rabattront sur les parents d’élèves. Il faut favoriser l’éducation des enfants pour mieux préparer l’avenir du pays.

Christine Nyembo, 45 ans, vendeuse de pains, Kinshasa : «Nos enfants n’étudieront pas gratuitement»

Je n’y crois plus, parce que depuis que le gouvernement a lancé la campagne «Ecole primaire gratuite», toutes les écoles, publiques comme privées, continuent à exiger des frais scolaires exorbitants aux parents. Et telle que les choses évoluent, nos enfants n’étudieront pas gratuitement aujourd’hui. Ni l’Etat congolais, encore moins des particuliers, ne pourront construire des écoles pour ne rien gagner en retour. Toutefois, si cela se réalisait, j’enverrais mes enfants dans ces écoles pour leur instruction.

Eric Mulongo, 30 ans, vendeur ambulant, Masina : «Les dirigeants doivent manifester leur volonté d’appliquer la loi»

Les dirigeants doivent manifester clairement leur volonté d’appliquer cette disposition. Mais malheureusement, cela n’est pas une priorité pour le gouvernement. Si dans le passé, nos parents étudiaient gratuitement, pourquoi nos autorités sont incapables de réitérer le même exploit aujourd’hui? Je suis commerçant parce que je suis incapable de me payer les études. Plus grave, même mes enfants n’étudient pas, car les frais scolaires coûtent très cher, que ce soit dans le privé ou dans le public.

Mamie Lepo, 31 ans, boutiquière, Matete : «Je me demande si cet article de la Constitution avait été élaboré pour endormir les Congolais»

Je me demande si cet article de la Constitution avait été élaboré pour endormir les Congolais. Pour preuve, six ans après, le gouvernement est incapable d’appliquer cette disposition. On avait tenté d’y aller province après province, mais cela a échoué. A Kinshasa par exemple, aucune école n’est gratuite. Mais on exige que l’enseignement à l’école primaire soit obligatoire.